Le loto à l'école souvenez-vous......
Un soir de loto à l’école.
Peut être y étais-je plus sensible que les autres (habitant au dessus de l'école), mais le moment du loto scolaire est rangé chez moi, dans la case des "faits marquants". Je rembobine le film, j'appuie sur lecture, souvenez vous :
Tout d'abord on procédait au déménagement du mobilier scolaire sous le préau et s'en suivait une phase de nettoyage des salles de classe. Il y avait donc le mouillage du plancher pour se prémunir de la poussière (avec un espèce d'entonnoir réservoir d'eau que nous promenions en dessinant des "8" au sol), et le balayage ("je vous rappelle que les balais en paille sont réservés aux salle de classe et que les balais en bruyère servent à la cour").
Ces phases de préparation terminées, les tréteaux, tables et bancs arrivaient alors de chez Dourel (me semble-t-il). Ce mobilier était alors installé, rigoureusement ordonnés afin d'accueillir un maximum de personne tout en permettant un minimum de déplacement. Les lots, les cartons, les sacs de maïs et le sac de jetons numérotés étaient alors rangés chacun à leurs places assignées. La porte de séparation entre les 2 classes s'ouvrait, et Mr GAYRAUD s'y postait pour faire le relais vocal à la salle des grands des nombres tirés dans la classe des petits.
Le soir arrivait et le village investissait les locaux. La soirée devenait alors enivrante de fatigue de bruit et de fumée de cigarette ; "boulègue" , "quine", "carton plein" , puis la remise des lots, parfois une double quine se réglait par un tirage au sac, ça criait de joie, ça râlait à faire tout péter. Nous naviguions entre les deux classes et le préau, émerveillés à l'idée que notre univers scolaire était à ce point bouleversé.
Dehors, la nuit noire, fraîche et silencieuse était partout (je crois que le village n'était pas éclairé devant l'école), et contrastait singulièrement avec ces deux salles de classe emplies de lumière, de bruit, de fumée, et de cris. Un concentré de vie de village.
Le dernier lot distribué tous rentraient chez eux, avec ou sans lot, mais pour tous, des anecdotes plein la tête, "Il me manquait le 12 et j'étais bon pour la quine du filet garni, et le carton plein du 1/2 jambon". La nuit était alors pleine de rêves agités. Le lendemain, remise en état des salles de classes. Puis le lundi arrivait et la parenthèse était alors définitivement refermée.
Des semaines durant, après l'évènement, il nous remontait parfois en mémoire, à chaque découverte d'un grain de maïs caché dans un recoin de la classe ou de la cour...
Jean-François Roque
