Souvenirs de la vie scolaire de Jean-François

Publié le par Anciens des écoles primaires des Salvages

Mémoire d’un  potache Salvageois.

 

 

Ce que vous allez lire n’est pas science exacte, mais le fruit d’une certaine concentration sur des souvenirs qui se sont bien effilochés depuis le temps. Alors, si d’aventure votre vision des choses s’en trouvait contredite n’en prenez pas ombrage, c’est que notre regard sur la vie sur cette époque était peut être différent ou tout simplement que le temps a fait son œuvre sur mes neurones.  J’espère donc que ce récit sera enrichi de votre avis et qu’une autre plume prendra peut être le relais pour nous parler de la classe des grands.

 

Au petit matin, 8 heures avaient sonné et chacun arrivait en ordre dispersé. Un fois le portail de
l’école franchi, la veste accrochée au porte- manteau mural du préau et le cartable posé contre le
mur, nous démarrions les retrouvailles par de rapides commentaires  sur l’après-midi de la veille
que nous avions partagée ou sur la soirée qui s‘était déroulée en famille.

 

Petit retour descriptif sur les lieux de l’action:

Tout d’abord le préau. Il est bordé coté Ouest par les salles de classe et leurs portes d’accès. Le
mur Nord de bonne longueur, est orné partiellement d’une rangée de porte manteaux  et s’ouvre en
son centre vers une allée couverte. Cet accès mène à la réserve à charbon, et à un jardin potager.
Enfin le mur Est prend en charge les WC à la turque de l’école et l’inévitable odeur qui s’en dégage.
On y  trouve aussi, rangée dans un coin une table de ping-pong, une corde lisse qui pend en son
centre et un panneau de basket accroché au piquet central.

Jouxtant  ce préau, goudronnée en partie, grillagée et bordée d’une haie de lilas, la cour de
récréation s’offrait avec délice à nos jeux nos cris et nos rires. (Nous en reparlerons plus tard). 

 

La classe des petits :

Pas le temps de plouffer pour démarrer un jeu, qu’arrive le moment du rassemblement sur 2 colonnes , une pour la classe des grands , porte de gauche et une autre pour la classe des petits , porte de droite. L’appel fait nous rentrons « en silence » pour rejoindre nos places respectives.

Je revois la classe des petits avec grande netteté. Une fois assis nous faisons face à un grand tableau
noir qui pouvait étendre ses ailes, ou les replier au gré des matières. Il  formait un immense triptyque
non pas voué à quelque image pieuse mais plutôt dédié à une certaine idée de la culture. La musique
et les récitations y étaient déclinées sur l’aile gauche, les matières principales en page centrale et 
la morale et l’écriture s’inscrivaient en recto verso de l’aile droite. Sur les murs des grandes images
d’Epinal donnaient envie de tout savoir sur la vie des hommes préhistoriques, des gaulois, des romains
et du massacre de la Saint-Barthélemy.

Afin de donner un sens pratique aux connaissances acquises nous étions
entouré de quelques accessoires. On trouvait ainsi sur une étagère une
vielle horloge à aiguilles qui nous a tous permis d’apprendre à lire l’heure.
Les exercices de géométrie au tableau étaient réalisés avec un grand compas
équipé d’une pointe a ventouse et d’un porte-craie, il y avait aussi une règle
de grande dimension, ainsi qu’un rapporteur d’angle de taille géante.
 


Les volumes et les pesées étaient instruits grâce des récipients
unitaires (centilitre, décalitre et autre), une balance de Roberval et une
série de poids. Ily avait aussi un jeu de plomb d’imprimerie avec leur
rouleau encreur, que je ne me rappelle pas avoir vu fonctionner.
Pour
les documents de travail à dupliqueril y avait la RONEO, ce cylindre
qu’il fallait faire tourner à la manivelle, feuille après feuille, après avoir soigneusement installé
l’original dans la rainure et imbibé le tampon d’alcool.

 

 Les élèves étaient assis en binôme à des pupitres d’écoliers sur 2 rangées. Je suis sûr que vous avez
tous en mémoire ces pupitres. Certains étaient  anciens, tout de bois façonnés et d’autres étaient
plus modernes, ils alternaient bois et tubes métalliques. Ils permettaient de ranger quelques manuels
et cahiers sous le battant, et comportaient une rainure pour caler les stylos billes ou les portes plumes,
ils étaient équipés d’un encrier enchâssé dans un orifice positionné à droite (faut croire que nous
étions tous exclusivement droitiers à cette époque là).   

La rangée sud (coté cloison) était réservée à la section enfantine devant, et au CP derrière, l’autre
rangée coté fenêtres nord  accueillait  le CE1 devant et le CE2 derrière. Je n’ai jamais su quel
savant critère avait défini une telle disposition.

Derrière ces 2 rangées, regardant aussi vers le tableau, trônait à une place oh! combien stratégique,
 le bureau du maître, rendez vous de la distribution de bons et mauvais point (je rappelle le
barème: 10 bon-points valent une image), mais aussi de quelques punissions bien cuisantes.


Je ne peux terminer ce descriptif sans parler de ce courageux  poêle à charbon qui a mis tout son
cœur a réchauffer les petites mains transies par le froid qui s’essayaient à aligner des pages
d’écritures sans trop faire de taches par les longs mois d’hiver. Il était assisté dans sa tâche de
chauffage, du célèbre seau à charbon si lourd à transporter. Certains jours, mal ou trop chargé il
se prenait pour une cerise et la fonte illuminait le pare-feu qui le bordait d’un rouge écarlate.

 

Le travail au quotidien :

Les sections enfantines travaillaient la pâte à modeler, les coloriages
et découpages, afin de dégrossir un minimum l’habileté manuelle. Les
frises succédaient aux collages de gommettes sur les cahiers
d’exercices.


Les bûchettes à ranger par fagots de 10 nous apprenaient à compter. En ce temps là pour apprendre
à lire on apprenait l’alphabet avec des lettres écrites sur des cartes. Les CP commençaient quant à
eux à aligner les lettres au stylo bille, puis les mots venaient et les premières règles grammaticales.
Dès que le style hiéroglyphique laissait place à une calligraphie plus soignée, la plume se substituait
à la bille, et ce, non sans une certaine fierté. Dès lors, à nous  les joies du papier buvard, et des
pâtés d‘encre violettequi décoraient les cahiers. Puis c’était le temps des premiers calculs à la craie
sur ardoise et des tables de multiplications (dont tous connaissaient la musique mais moins bien les
paroles).
Les CE1et CE2 poursuivaient ces initiations, avec plus de matières et une difficulté qui
allait croissante. Certaines activités étaient communes à tous, en effet la journée commençait toujours
par la leçon de morale, après quelques exercices divers nous poursuivions par le chant.


 
La visite médicale :

Par délicatesse, je  ne m’étendrais que peu sur cet événement qui ressemblait à une scène
d’incorporation militaire d’avant guerre. Et fait on se retrouvait tous en slip et chaussette pour les
mesures de la taille et du poids, puis un petit contrôle de notre intimité, en tête à tête avec
madame l’infirmière en chef du canton (drôle de métier). S’en suivaient alors, vaccinations et
autre contrôlede cuti.


La cour de récréation :

Apres un temps interminable à rester vissé sur les bancs, l’instant magique arrivait, l’heure de la
recréation. Bienvenue dans le repère des jeux de billes et des osselets (bille en terre, bille en verre, boulard, osselets métalliques ou plastiques). Chacun de ces jeux répondaient à des règles plus ou
moins complexes qui étaient parfois modifiées, interprétées et transmises par bouche à oreille. Les
enjeux y étaient futiles mais l’envie était là et gare au tricheur.

D’autre jeux plus actifs tels que chat perché ou touche-touche mettaient souvent un peu trop
d’animation dans la cour, et afin de limiter le risque d’écorchure aux genoux  les maîtres organisaient 
alors une partie de ballon prisonnier. Pour certains, qui avaient été punis et mis au piquet le moment
était difficile car condamnés à regarder (du coin de l’œil) sans participer.

J’ai souvenir de certaines leçons de gymnastique qui était effectuées dans le préau et dans la cour,
le grimpé de corde lisse était réservé au grands, puis vint le temps du mini basket, mais ceci est
une autre histoire…

 
De façon générale :

Le fait d’être ainsi mixé sur 4 tranches d’âge permettait pour les plus jeunes de tendre l’oreille aux
leçons des grands et de découvrir les programmes très progressivement. En effet, prenons pour
l’exemple les leçons d’histoire. Elles étaient écoutées avec attention par les plus grands, appliqués
à retenir les faits et les dates qui leur permettraient d’avoir une bonne note mais aussi pour les plus
petits qui tendaient l’oreille, et y voyaient des contes merveilleux. Pour les uns on racontait
l’Histoire pour les autre on contait des histoires.

Les préparations des fêtes rythmaient ce travail scolaire, (Noël, fête des pères, fête des mères etc.),
nous réalisions alors, chacun à notre niveau des objets que nous devions offrir.

Et puis pour clôturer une année rondement menée, il y avait « le voyage scolaire ».


Jean-François Roque
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Publié dans Souvenirs

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C
Chapeau Jean François, quelle mémoire! qui chez les filles peut se vanter d'en raconter autant? personnellement j'en suis bien incapable....cette époque reste assez floue dans mes souvenirs, je suis stupéfaite de tant de détails! encore bravo!
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V
J'espère, Jean-François, que tu as d'autres histoires comme çà sous le coude....ou plutôt sous la plume!!! C'est trop génial!Ton excellente mémoire et ta façon de raconter nous transportent immédiatement à cette époque bénie !!! on en redemande!!!!
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X
Je suis en admiration sur ta capacité à te rappeler de tous ces détails. Tu as également une joli manière à les coucher sur le papier. Bravo à Jean-François. Je me rappelle bien du poëlle à charbon pour l'avoir souvent alimenté.
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